UNREAL

Bonsoir à tous !
En ce dimanche estival, l’exercice était simple. Faire passer le monde de la fantaisie dans notre réalité en travaillant sur mes structures de descriptions. Le résultat est surprenant et déroutant ! Une bouffée de fraîcheur en ces dures chaleurs ! Enjoy

Tout était calme dans le service ce matin là. C’est la première chose qui m’ait frappé car c’est rarement le cas en réanimation. Peut-être un signe, une annonce de sa venue, ou simplement le calme avant la tempête, je ne saurais dire.

C’est banalement dans la salle de transmission que je l’ai vu pour la première fois. Son uniforme blanc lui sciait à merveille, ce qui n’est jamais le cas pour personne mais, en cela déjà, elle était différente, hors normes. Elle tourna son doux visage au teint de perle vers moi et observa mon arrivée. Son regard turquoise, sage et serein semblait lire en moi comme dans un livre ouvert. Elle se détourna rapidement, un léger sourire au coin de ses lèvres naturellement trop rouges. Elle discutait avec Miki, ma collègue de jour, arrivée en avance, comme toujours. Leur différence me frappa. J’avais toujours considéré Miki comme une fille splendide. Ses grands yeux noisettes maquillés de couleurs vives, ses longues anglaises bondes attachées en queue de cheval parfaite, son visage fin centré autour d’un petit nez retroussé. J’avoue avoir plus d’une fois tâché mes draps en m’imaginant sur son corps élancé aux courbes bien placées. Mais à côté d’Elle, elle ressemblait plus à une poupée de plastique restée sur une plage arrière en plein soleil.

Elle est d’une pâleur exquise, un teint d’une blancheur perlée légèrement rosé au niveau des yeux. Ses cils noirs et épais faisaient échos à ses cheveux d’une masse impressionnante. Lisses et brillants, une pince crabe les tenaient en arrière dégageant son visage d’un ovale parfait. Ses traits étaient fins et réguliers. De la porte j’observais son profil gracieux surmonter sa gorge dégagée et sa nuque couverte. Sa peau semblait d’une douceur de soie et …

“Tu t’assoies Jordan ou tu restes là à mater avec ton air idiot?”

Je m’aperçus alors que j’étais resté coincé dans l’encadrement de la porte, bouche bée. Ce matin encore j’avais manqué le réveil et arrivais au travail décoiffé et pas rasé depuis deux jours. Si je me rappelle m’être senti un peu honteux d’avoir été pris sur le fait, elle semblait ne pas avoir relevé la boutade de Miki. J’avais la réputation d’être un tombeur, et les jeunes filles de son âge étaient souvent un peu gênées en pareille situation. Mais pour elle, il n’en était rien. Ce genre de futilité semblait passer sur elle comme une brise.

“Je te présente Alice, elle va remplacer Christine pendant son congé maternité. La chef t’a mis en doublure avec elle pour la semaine. Ce n’est que justice ! C’est moi qui me suis occupée des deux dernières arrivées. Alice, continua ma pipelette de collègue, c’est Jordan, notre Don Juan. D’après les rumeurs il a des mains expertes, pour les soins, corrigea-t-elle s’apercevant qu’à nouveau sa blague mal placée avait fait un flop chez la nouvelle venue.”

Alors que l’embarras se lisait sur ses traits, elle bafouilla que l’infirmière de la nuit allait venir me faire les transmissions et parti commencer son poste.

J’avoue ne pas avoir été aussi performant qu’à mon habitude, ce matin là. Heureusement ma nouvelle binôme s’avéra aussi intelligente et rigoureuse que mystérieusement belle. Elle s’adapta quasi naturellement à notre service et notre duo récupéra son retard avant 10h, si bien que nous fûmes les premiers à arriver dans la salle de pause pour le déjeuner. Je lui posais instinctivement des questions sur son expérience en tant que soignante et elle déroula son récit : 6 ans en soins divers. Une histoire sans heurt, presque trop belle pour être vrai. Lorsque le reste de l’équipe vint nous rejoindre, elle répondit tout aussi poliment à leur question. Elle faisait l’objet de toutes les attentions et pourtant, elle naviguait entre nous comme un courant d’air insaisissable. Encore une fois je l’observais avec insistance. Sa personne me fascinait étrangement. Pas comme une conquête potentielle, malgré ce que tout le monde raillait, mais plutôt comme on scrute un objet d’art, un tableau de maître.

Le soir venu, elle a corrigé mes erreurs lors des transmissions avec tact et sympathie. Nous avons discuter un moment en retournant aux vestiaires. Chacun d’un côté du rang, j’entendais à peine ses mouvements et la retrouvais pourtant, quelques minutes plus tard, en civile, plus éblouissante encore. Un petit débardeur de satin noir soulignait les courbes de sa poitrine, sous un perfecto de cuir rouge bordeaux qui marquait sa taille. Son pantalon est en cuir également, plutôt loin de la mode, moulait ses jambes, fines et galbées malgré cette longue journée debout. Montée sur des escarpins elle était à peine aussi grande que moi. Elle me sourit gentiment, et je l’accompagnais jusqu’à la sortie.

Cette première journée était passée si vite, que j’en avais le vertige. Cette nouvelle collaboratrice était époustouflante. Aussi ne fus-je pas surpris de la voir rejoindre un homme, son homme, qui l’attendait sagement, appuyé sur sa moto, avec la même expression sereine et presque désabusée. Je ne fus ni surpris ni ennuyé. Je savais déjà qu’une telle femme n’était pas pour moi ; nous n’étions clairement pas du même monde.

Je les ai observé un moment ce soir là, tout en fumant une cigarette. Il était aussi irréellement beau qu’elle était insoutenablement belle. La prenant par la taille il l’embrassa avec décence, retenue, douceur et passion comme s’il avait retrouvé un trésor perdu depuis des millénaires. Les cheveux aussi noirs que ceux de sa compagne, les yeux d’un bleu clair électrique, il la fixait comme on tient à l’oeil l’être qui régi notre vie. Ils ne se sont rien dit et pourtant, aux regards qu’ils échangèrent, je savais qu’ils s’étaient compris. Alors qu’il lui tendait un casque il aperçu le voyeur que je suis. Son regard froid me gela sur place. ll semblait scruter au plus profond de moi comme son aimée plus tôt dans la journée. Gêné et, alors qu’elle se tournait à son tour, je me suis contenté de la saluer d’un simple geste de la main, qu’elle me rendit avec le même sourire naïf et sincère qu’elle avait eu envers moi toute la journée.

Cette première nuit j’ai rêvé d’elle. Des pensées bien plus chastes que celles que j’avais eu pour Barbie Miki, mais plus intenses aussi. Le réveil sonna bien après que j’ai repris conscience et j’étais reparti pour l’hôpital avant que ma voisine n’ait à cogner sur ma porte. Brave Madame Warp! Chaque matin à 7h elle sortait son petit Tommy, un adorable petit spitz nain, et, les murs de mon HLM étant fins comme du papiers à cigarette, elle frappait à ma porte les matins où elle entendait mon réveil, toujours réglé au volume maximum pour la marmotte que je suis.

La surprise fut plus grande encore quand elle s’aperçut que je m’étais lavé, rasé, parfumé pour aller travailler. Depuis longtemps j’avais développé un caractère légèrement auto destructeur limite dépressif. Seul ou ponctuellement, et très temporairement accompagné, je n’avais jamais réussi à m’intégrer au monde. Donnant le change, je me retrouvais souvent dans des états de détresse affectives plus que pathétique, souhaitant mourir. Mes collègues ne me prenaient pas au sérieux, pas plus que les personnes de ma famille ou mes amis de cartons. J’avais fini par trouver cette solitude agréable. Le temps passait rythmé par mon travail à l’hôpital, où j’excellais sans vraiment me donner ou m’investir, et mes séances de vélo et de footing ; ponctué de conquêtes éphémères plus sportives que sentimentales. J’avançais sans faire attention au gouffre qui se creusait entre le monde et moi.

L’arrivée d’Alice changea la donne. Elle n’aurait jamais eu besoin de mon tutorat tant le métier et sa logique semblait encré en elle, mais elle me suivait et semblait apprécier mon travail autant que ma compagnie . Elle me valorisait dans mon exercice, me rappelant pourquoi j’avais rêvé un jour d’aider les vivants. Elle m’offrait la possibilité de redorer mes galons auprès de mes collègues, me redonnant envie de faire partie d’une équipe, de cette armée de “brave la mort”.

Et si cette première semaine m’avais beaucoup apporté, j’ignorais encore que celles qui suivraient me changerait profondément et à jamais.

Désormais seule, elle n’hésitait jamais à prendre en charge les cas les plus lourds, sans jamais s’en plaindre. Ne laissant jamais un de ces collègues en mal, elle virevoltait entre les postes, nous aidant chacun à notre tour. Les rares fois où je me permettais de la détailler, je m’émerveillais de la voir ainsi heureuse au labeur, quasi dansante, dans une grâce, une légèreté et une habilité sans pareilles. Le nouveau moi aimait aller l’aider quand je finissais un tour en avance, ce qu’elle gratifiait toujours plus que de raison, mais sans jamais se départir de sa retenue et de sa contenance.

Ce n’est qu’au cours du second mois que je commençais à prendre conscience de l’étrangeté de certains de ses mouvements. A chaque fois que je la rejoignais dans un box, ses mains se trouvaient sur la partie du patient posant problème. Rien d’étrange, me direz vous, qu’une infirmière panse une plaie. Mais lorsqu’un patient venait pour infarctus c’est sur sa poitrine qu’elle posait ses mains alors qu’aucune plaie ne nécessitait de soin. Une autre fois je la trouvais les doigts délicatement posés sur les tempes d’une femme ayant fait une embolie cérébrale massive. Les réanimateurs ne lui donnaient plus que quelques jours et je supposais que son geste se voulait apaisant. Mais alors que le moniteur commençait à s’affoler la femme rouvrir les yeux et la salua. Plus tard je la surprenais à parler avec un homme, entré pour insuffisance rénale aiguë, les mains posées sur son abdomen. Quelques heures plus tard l’homme était mort.

Je n’y prêtais pas attention, supposant qu’elle avait été formé en toucher massage thérapeutique. Cette nouvelle pratique faisait des merveilles selon les articles que l’on pouvait trouver dans les revues médicales. J’imaginais que son dévouement aux patients allaient au delà de ce que la plupart des soignants pouvaient donner et que c’est cela en elle qui donnait, à chaque membre de l’équipe, un regain de motivation bienveillante. Jusqu’au jour où je la vis. Cette douce lumière émanant de ses mains.

Un patient, entré pour prise en charge de cancer du foie, avait été sédaté dans la nuit pour violence. Alors que je la croyais en train de masser son ventre gentiment afin de le soulager, le patient, reprit d’une phase de délirium, saisi une seringue pour la blesser. Concentrée, le geste désespéré du malade lui échappa et j’eu tout juste le temps de la pousser pour lui éviter le coup, prenant l’aiguille dans l’oeil. Je senti la douleur du métal rompant ma cornée, puis la brûlure du liquide intraocculaire quittant mon oeil crevé. D’instinct je le cachais. Elle ne se douta probablement pas que j’avais gardé le second ouvert et opérationnel. D’une main agile elle posa sa paume sur le front du patient. Lui lançant un regard de braise, que je ne lui connaissait pas, une ombre sortie de sa main et sembla aspirer la vie du patient qui retomba inanimé quelques seconde plus tard, mort.

Se tournant vers moi, elle vint pour m’examiner. Je lui hurlais de ne pas me toucher Venait-elle vraiment de tuer ce pauvre homme d’un simple touché? Cette ombre était elle vraiment sortie de sa main? Elle attendit un moment et approcha à nouveau ses mains de moi, me rassurant. Mon oeil allait très bien selon elle, je l’avais bien senti crevé pourtant, j’en était certain. Posant sa main sur mon oeil je fus ébloui un instant et la douleur disparue, me rendant la vue.

“Ce sera notre secret d’accord? me sourit-elle avant de sortir”

Pour la première fois j’avais lu de la gêne sur son visage d’habitude si calme et impassible. Ce soir là je proposais de l’emmener boire un verre. Son petit perfecto enfilé, elle me suivi sagement. Nicolas, son partenaire, ne l’attendait pas devant l’hôpital comme chaque soir. Elle avait dû le prévenir à un moment où je n’avais pas prêter attention à elle, fait étrange. Le pub du coin de la rue était surtout côtoyé par des médicaux de l’hôpital venu décompresser. Elle resta silencieuse et à l’écoute en attendant nos consommations. Elle ne semblait pas nerveuse, se contentant de m’observer avec bienveillance. J’avais tant de question que je ne savais par où commencer. Comment avait-elle fait? Faisait-elle cela souvent? Pour quelles raisons? D’où lui venait cette faculté étrange ? …

Sirottant son verre, elle me répondit sagement, sans jamais s’énerver ou se déstabiliser. Elle m’appris que c’était un don. Qu’elle avait toujours été ainsi. Qu’elle savait qui devait être sauvé et qui ne le méritait pas. Cela paraissait invraissemblable et immoral.

“De quel droit choisis-tu pour eux? finis-je par m’emporter.
– Je ne choisi pas, je le sais répondit-elle innocemment.
– De mieux en mieux et tu es qui pour savoir, un médium, un gourou?
– Un ange, répondit-elle froidement, visiblement blessé par mon manque de reconnaissance.”

Posant sa main sur la mienne, elle projeta dans mon esprit des milliers d’images des personnes qu’elles avaient sauvées et tuées au cours du temps, me laissant sans voix.

“Depuis quand es-tu … en vie? lançais-je timidement.
– Un moment, répondit-elle simplement, quelques milliers de tes années, précisa-t-elle en voyant mon regard perplexe.
– C’est incroyable tu as dû voir tant de choses… Pourquoi être infirmière alors? Tu dois en savoir tellement plus que nos médecins, raillais-je pour détendre l’atmosphère.
– Infirmière, médecin, aide-soignante, kiné, j’ai fait un peu de tout, tant que je peux être proche des gens et les aider, c’est tout ce que je demande. Comme tu l’as vu je n’ai pas vraiment besoin du savoir médical pour sauver une vie, c’est une couverture alors peu m’importe son nom.
– Tu ne te sens jamais seule?
– Je ne le suis pas.
– Oui c’est vrai tu as Nico, mais il a quoi 25 ans.Vous êtes très proche d’ailleurs, ça ne fait rien de savoir que tu ne le garderas pas? Elle sourit et baisse le nez dans son verre.
– Lui et moi nous connaissons depuis bien plus longtemps qu’il n’y parait, il est comme moi, avoue-t-elle.
– Tu n’es pas la seule de ton espèce?
– Je te l’ai dit je ne suis pas seule.
– On naît comme toi ou on le devient, ai-je tenté, mais son regard changea instantanément.
– Tu ne veux pas devenir comme moi Jordan crois moi.
– Pourquoi pas? Je me suis toujours senti si seul, tellement à l’écart de tout. Depuis que je te connais j’ai tant appris …
– Mais tu ne le supporterais pas. Etre immortelle a un prix.
– Quoi boire du sang, avoir peur de la lune ou des pierres vertes? Ma blague stéréotypée ne la fait pas rire, et elle sort sans finir son verre. Je la suis dans la rue puis jusqu’au parc où enfin elle brise le silence.
– Etre immortelle, être comme Nicolas et moi, c’est percevoir la souffrance de l’humanité. Chaque tourment qui te hante, qui hante les gens que nous croisons nous les ressentons physiquement. C’est une douleur de tout les instants.
– N’y a-t-il pas un moyen de la faire taire? demandais-je alors que je commençais à mesurer ce qu’elle devait endurer.
– Non, jamais…
– J’ai parfois du mal à supporter de souffrir. La phrase était sortie toute seule. Jamais je n’avais vraiment parlé de cela à qui que ce soit et, étonnamment, je continuais, j’ai même parfois penser à arrêter de me battre pour respirer
– Je suis immortelle ce qui signifie que rien ne peux me tuer, pas même ma volonté. Et tu ne devrais plus y penser non plus.
– Je … mais le bruit d’un gros cylindré me coupa dans mon élan. Nicolas était à l’entrée du parc. Ses yeux luisaient dans notre direction, l’air grave.
– Ecoute Jordan, le temps n’est pas venu pour toi, son ton alarmé et pressé sonnait étrangement à mes oreilles, mais chaque mot semblait s’imprimer en moi comme graver dans le marbre. Maintenant ma couverture est compromise, je dois partir et tu ne me reverras pas avant très longtemps, peut-être même jamais. Demain je n’aurais jamais existé. Mais, toi, tu te souviendras de moi car être touché par les anges laisse toujours une trace. Vis, profite de ce que je t’ai donné et, si un jour tu le dois, tu me retrouveras.”

Elle a rejoint Nicolas et ils ont filé sur leur moto.

Je ne l’ai jamais revu.

Le lendemain une intérimaire avait pris sa place et personne ne se souvenait de son passage. Miki se plaignit toute la journée du défilé d’infirmières temporaires de ces dernières semaines.

Gardant à l’esprit ce qu’elle m’avait dit, je m’impliquais plus émotionnellement dans mon travail. Comme un clin d’oeil à son touché, je développais un sixième sens, pouvant visualiser l’avenir d’un patient. J’étais désormais capable de prévoir les complications qu’allaient rencontré mes patients plusieurs minutes puis heures avant qu’elles ne surviennent.

D’un point de vue plus personnel, j’ai décidé de vivre, et ai invité Miki à boire un verre, puis un autre…Nous avons dîner, vu des films, nous nous sommes promené le long des quais mains dans la main et j’ai appris à la connaître… Et ce soir je compte lui demander de vivre avec moi.

Jamais je ne l’ai revu, mais qui sait, un jour peut-être, je la recroiserai.

Un troll au Farwest

Voici le premier texte défi: une personne m’a donné un thème (le farwest) et des contraintes (une héroïne, un troll, une veille de combat le tout en 2 pages maximum). Je vous laisse apprécier le résultat;

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« Quand doit elle arriver ?
– Le télégramme disait qu’elle était arrivée au port de St Louis il y a trois jours, elle ne doit plus être très loin.
– J’espère que nous ne faisons pas une erreur de faire venir cette drôle de femme ici.
– Monsieur le maire, avec tout le respect que je vous dois, même les shamans indiens n’ont pas pu nous aider à venir à bout du problème et …
– Et en quoi une femme le pourrait-elle ? C’est à l’armée que nous aurions dû faire appel.
– Monsieur on m’a assuré qu’elle était la meilleure dans ce domaine.
– Vous en aurez la responsabilité Roby, je ne tiens pas à ce que l’on remarque sa présence, ce serait un déshonneur.
– Bien Monsieur le maire. »

***

25 Mai 1864

Cher journal,
Après trois jours de cheval à travers le Missouri, je vois enfin la petite ville de Clinton. Ces paysans ont fait appel à moi pour un problème de bétail. Je ne suis pas très sûre de ce que je vais trouver là bas, mais leur courrier alarmé m’a intrigué. Avant de m’aventurer dans cette petite ville perdue au milieu de nul part, j’ai étudié au mieux les informations qu’ils ont pu me transmettre. Des troupeaux mis en pièces, des barrières arrachées et pulvérisées, des femmes des enfants mais aussi de grands gaillards, tous éventrés les entrailles dévorées. Ils disent avoir mené la chasse, avoir été jusqu’à demander aux tribus locales, mais qu’aucun animal de la région ne correspond aux descriptions des blessures retrouvées.

Mon correspondant, Monsieur Robinson William, dit que cette bourgade émergente est terrifiée et qu’après avoir tout tenté il ne voit plus d’autre solution que moi. Ces idiots placeraient tous leurs espoirs en moi ? Je n’y crois pas une seule seconde ! Mais ce cas m’intéresse. Depuis mon Irlande natale je pourchasse l’inconnu, l’étrange. Ce nouveau monde regorge de nouveautés pour une passionnée de l’occulte telle que moi, et je suis passée maître dans l’art de la chasse aux créatures surnaturelles.

Après avoir pris le temps de me changer j’arrêterai une calèche pour finir ma route. Je ne veux pas apparaître dans mon habit de voyage, cela me vaudrait de mauvais a priori de ces messieurs et j’ai besoin de leur collaboration.

J’ai repéré, en contre bas, une route marchande où passent des convois de façons régulières. Je vais me joindre à l’un d’eux et me présenter comme une jeune fille de bonne famille (plutôt ironique pour une orpheline).
***
Je suis arrivée en fin d’après-midi. Monsieur Robinson m’attendait sagement devant le bureau du télégraphe où s’arrêtent les diligences. Il m’a aidé à descendre et à porter mes bagages jusqu’à l’auberge où il m’avait réservé une chambre, « aux frais de la ville » a-t-il précisé. Ce grand blond aux yeux noisette et au sourire timide avait l’air très inquiet.

Il voulait me présenter le maire, mais j’ai poliment refusé : autant commencer tout de suite, le temps presse. Il m’a donc emmené sur les traces laissées par leur créature. Elle est de grande taille et se déplace sur deux pattes. Après analyse du corps de la dernière victime j’ai découvert que celle-ci  n’avait pas dévoré ses entrailles comme on me l’avait écrit. Je pense que ce fait est plutôt  le travail d’un charognard opportuniste. Quelques villageois m’ont préparé des portraits mais je ne distingues rien d’intéressant sous les chapeaux de cow-boy dont certains l’on affublé.

La bourgade de Clinton ne compte pas beaucoup de hauteur dans ses environs, mais beaucoup de forêts, bien connus du peuple indien. Mon guide m’informe que leur shaman pense la forêt hantée par un esprit malin qui en veut aux colons, et que le clan a préféré partir loin d’eux que de contrarier la nature. Alors nuit après nuit, les attaques se succèdent.

William m’a raccompagnée très tôt et est resté au salon de l’auberge au cas où j’aurais besoin de quoi que ce soit. Le pauvre garçon, s’il savait. Je suis plus à même de nous protéger que lui, mais autant le laisser se satisfaire de son léger machisme. C’est un jeune homme très sympathique, même pour une personne aussi désabusée que moi. J’ai même accepté sa proposition à dîner.

J’ai fait des recherches dans les quelques livres que je prends toujours avec moi, et alors que j’avais ouvert la fenêtre pour avoir un peu d’air dans cette enfer permanent, un hurlement guttural m’a sorti de ma lecture. J’avais des soupçons mais il n’y a plus de doute. Des attaques violentes par une créature qui se font dans la nature qui détruit, vole du bétail, tue des humains par plaisir et uniquement  pendant les heures de la nuit…  et ce cri… Ils ont affaire à un Troll.

Chose étrange ces créatures vivent habituellement loin d’ici. Mais les bateaux venant du continent font souvent commerce de ce genre de créature. Elles valent chères et font fureur dans les cirques du nouveau monde.

Moi qui pensais avoir trouvé un cas intéressant je me retrouve sur les traces d’un troll. Heureusement que j’ai avec moi les plantes qui me permettront d’en venir à bout. Cela étant même s’il ne s’agit que d’un troll il faut que je sois prudente. Aussi ai-je tout préparé.

Après un court repas avec mon chevalier servant, où je lui ai expliqué le matériel que la ville devrait fournir pour mettre fin à leur calvaire, je retourne à mes appartements pour me changer et finir mes préparatifs. Nous avons très peu de temps car il faut intervenir avant que le soleil n’est fini sa révolution et qu’il revienne chatouiller ces plaines. Cela me réconforte, au moins je ne travaillerai dans une chaleur étouffante comme aujourd’hui, un combat avec une telle créature est déjà bien assez fatiguant.

Avant de partir je te remets donc ces quelques souvenirs…

On frappe à la porte, je me lève pour aller ouvrir, consciente que ma tenue va étonner la personne qui m’attend derrière. Ma main se pose sur la poignée…
***
Le réveil sonne affreusement fort. J’ai toujours détesté cette sonnerie mais c’est la seule qui puisse me tirer de mes rêves si trépidants. Alors que je me lève doucement et vais me préparer pour une nouvelle journée à l’hôpital, je repense à mon Troll et espère avoir la chance de lui botter le train la nuit prochaine, lorsque, éreintée par mon poste de 12 heures aux urgences, je refermerai les yeux pour un nouveau voyage au pays des rêves.

Réminicences

Il y a des années on m’a fait écouter la chanson japonaise MEZAME. Depuis je l’écoute très souvent et à chaque fois les mêmes images me viennent! ENJOY!

Je regarde le lointain alors que les soleils se lèvent à peine. L’alerte a raisonné tôt ce matin. Des âmes noires ont été repérées à proximité des terres du centre. Nathanaël et moi sommes partis en repérage. Depuis les contres forts des plaines du sud je vois si loin… L’océan d’Alcaride semble tout proche. D’ici les cieux, qui doucement s ‘embrasent, sont un spectacle magnifique.

Alors que mes yeux de chasseuse balayent l’horizon, un nuage de brume sombre attire mon attention. J’adapte ma vue à la lumière et à la distance, et distingue des raies d’énergie noire caractéristiques. La paix est brisée : C’est eux !

J’inspire profondément et ferme les yeux une seconde, le temps d’envoyer un appel psychique à Nath et nos escouades. Lorsque mes yeux s’ouvrent à nouveau ils ont déjà beaucoup progressé et le nuage paraît déjà moitié moins loin : ils avancent vite et apportent la nuit dans leur sillage, aspirant toute l’énergie des premières lueurs du jour.

Mes points se referment doucement, blanchissant encore d’avantage la peau de mes mains déjà pâles. J’entends mon équipe arriver en une suite de grincements typiques de la téléportation. Un par un ils apparaissent autour de moi formant un arc de cercle. Je ne peux attendre que les équipes soient complètes ; le temps presse.

Je commence à courir. Chaque pas se fait de plus léger, plus rapide. Le vent souffle sur mon visage faisant siffler mes oreilles, alors que mes cheveux, noués en une tresse épaisse, frappent le rythme dans mon dos. Mes deux alliés sont sur mes flancs et ensemble, prenant appui sur les dernières pierres du rebord de la falaise, nous sautons en direction de l’amas de brume noire.

J’atterris aisément sur un sol inégal alors que déjà les premiers démons se pressent vers nous et que le combat commence. Je sais que le reste de ma garnison est derrière moi et me sens forte de leur appui. Les coups s’accélèrent, et j’agis mécaniquement sans même me soucier des âmes noires que je touche. Je ne fais bientôt plus la différence entre elles, pourtant je le sais, chacune d’entre elles a eu une vie, a une histoire propre, tout comme moi … Mais qu’importe puisque ma mission est d’en venir à bout.

Rapidement mes mains ne sont plus que douleurs. Bien qu’ayant l’habitude du combat, bien qu’en ce monde la perception des maux corporels soit différente, les larges plaies qui les ornent désormais mes mains me brûlent. Leurs jointures contractées et traumatisées me feraient hurler si je n’avais pas si souvent dû taire ce genre de sensations désagréables. Je perds du terrain. J’aurai beau les repousser encore et encore, retarder le moment de leur annihilation, il me faudra les éliminer si je veux en finir, car jamais elles ne cèderont.

Notre nombre grandi et je sens mon avant-bras droit se déchirer. J’étends mon bras et sens ma Lâme sortir de ma peau. D’un geste vif, je la dégage de mon bras et la fait tourner sur elle-même le long de mon bras afin qu’elle grandisse. Le petit poignard d’argent, qui se niche dans mon bras, a désormais la taille d’un katana de combat au fil acéré. Il tombe dans ma main qui se resserre instinctivement autour de la tsuka, alors que mon premier mouvement s’amorce déjà.

Ma Lâme s’enfonce dans un corps, en pourfend un autre, retirant, à jamais, toute l’énergie de ces corps pour les rendre au néant auquel ils appartiennent. Ne persiste alors de leur passage parmi nous qu’un nuage de poussière nauséabonde qui m’irrite les poumons à chaque inspiration.

Malgré notre efficacité il en revient toujours plus et l’énergie nous manque. Je prends des coups. D’abord je ne les sens pas puis, le manque d’air sain m’empêchant de retrouver de la force, la douleur m’atteint de plus en plus violemment. Je tombe et me redresse d’une pirouette, avant de repartir au combat, encore et encore. Je peux sentir mon sang couler de mon épaule lacérée, le long de mon bras pour atteindre ma main. Mon arcade cédant à un autre assaut, le sang perle dans mes yeux. Mes muscles se nouent peu à peu de crampes dures et je sais que je ne tiendrai plus longtemps.

Après l’ultime frappe d’un alpha coriace, ma Lâme se brise en un millier de fragments étoilés et je suis projetée dans les airs. Le temps semble s’arrêter alors que mon corps meurtri n’est plus soutenu que par le vent. J’aimerais tant que cette paix éphémère m’emporte loin de tout cela.

Mais déjà le sol est sous moi, et je le heurte lourdement, revenant à notre réalité funeste. Je suis étourdie et ne sais plus vraiment où je suis. De part et d’autres mes frères et sœurs tombent à leur tour, se faisant massacrer. L’attaque des énergies sombres est bien plus dure, plus violente, et plus soutenue que nous ne l’avions envisagée.

Les larmes commencent à embuer mon regard quand une main me saisit pour le relever. Cette main, dure et protectrice, je la reconnaitrais entre mille. Cette main que j’ai si souvent serrée, avec laquelle j’ai partagé mon sang et ma force vive il y si longtemps déjà. Nathanaël me fait face et, contre toutes attentes, il écrase ses lèvres contre les miennes.

L’effet est immédiat. Son énergie s’insinue en moi et s’accorde à la mienne. Là où s’essoufflaient d’épuisement les dernières braises de mes forces, un feu puissant reprend du service. Nos corps s’élèvent et la foule de combattant qui s’entretue sous nos pieds dans des vapeurs toxiques disparaît à nos yeux. Je suis en lui et lui en moi : rien d’autre ne compte.

L’énergie déferle en moi et je comprends trop tard où il nous emmène. Ce qu’il souhaite faire est très dangereux et pourrait le tuer. J’esquisse un mouvement de recul pour le protéger mais il resserre son étreinte autour de mon corps, et l’énergie qu’il me transmet m’enivre. La sensation de bien-être et de plaisir qu’elle me procure est excitante et irrésistible. Bientôt je passerai le point de non-retour, ce point où j’en veux plus, quoi qu’il doive se passer, ce point où mon âme au don particulier n’aura plus pour volonté que celle d’absorber toujours plus, et il le sait. Même s’il joue sa propre intégrité il m’emmènera jusqu’au bout.

Nos lèvres dansent les unes contre les autres dans un rythme effréné. Nos mains se font dures et agressives alors que nos corps se soudent l’un contre l’autre. La passion me rend alors plus pressante et je me sens au bord de l’explosion. Je sais qu’il puise l’énergie qui nous uni dans le chaos qui nous entoure. Son intuit énergétique lui permet de transformer et de gérer ces énergies afin de me les rétrocéder. Mais c’est un peu de son énergie propre qu’il sacrifie à chaque vague qu’il verse en moi. Je suffoque et perds complètement le contrôle, lui m’étreint plus fort encore.

Bientôt je n’y tiens plus. Sentant mon désir il mord ma lèvre inférieure et déclenche le mécanisme. Il est arraché à moi et projeté en arrière. Mon corps se cabre dans un spasme extatique alors que toute l’énergie qu’il a accumulée en moi se libère d’un seul coup. Pendant plusieurs secondes j’irradie sans contrôle toute la zone. Le souffle balaye tout sur son passage faisant tomber mes frères et mes sœurs contre le sol. La lumière positive qui émane de moi est si vive qu’elle annihile de fait les démons qu’elle rencontre.

Je fini par retomber à terre.

La disparition simultanée des âmes noires laisse un brouillard épais dans lequel je ne distingue que des ombres qui toussent. Un à un nos soldats de lumière se relèvent. Leurs gestes sont saccadés, ils semblent faibles mais ont survécu. Malheureusement les cris et les sanglots qui s’élèvent me font deviner une toute autre issue pour nombre de mes amis de combat.

L’agitation revient alors que le brouillard se dissipe doucement. La perte des membres de mon équipe me touche mais, à ce moment-là, une seule perte m’importe. Je cherche son ombre partout, me relevant pour couvrir plus de surface de mon regard perçant. Je m’agite et commence à paniquer. La seule fois où nous avions testé cette expérience il avait failli ne pas s’en remettre. Les guérisseurs de l’école avaient passé des heures à le sortir des limbes et il était passé si près de la mort. Il n’a pas pu me laisser, il n’a pas pu se sacrifier sans m’emmener avec lui. Je me tourne en tous sens, consciente du drame qui prend place dans mon esprit.

Tout à coup, je sens une présence derrière moi. Je me retourne vivement et nos regards se croisent. Il est pâle mais me sourit. Nous avons sauvé notre monde, nous avons survécu. Tout notre attachement l’un à l’autre passe dans ce regard alors que sa main retrouve la mienne pour ne plus la lâcher.

Nightmare

« Sélène !!! »
Cette nuit encore je m’éveille en hurlant son nom. Elle était avec moi dans mes rêves comme toutes les nuits depuis son départ. J’entends encore son souffle régulier, sa voix douce et posée me dire adieu. Je sens encore sa main frêle sur ma joue et revois son regard émeraude pénétrer une dernière fois le mien. J’y vois combien elle est déterminée malgré tout l’amour qu’elle me porte.

C’est un trait de caractère que j’avais toujours admiré en elle, cette force, ce sens du devoir, comme si rien d’autre ne comptait jamais que la mission en cours. Elle me parlait souvent de cette mission inachevée qui lui avait fait perdre la vie. Je n’avais jamais eu connaissance de l’existence d’autres dieux et de déesses qu’             Aphrodite, ma créatrice, mais elle fut l’une des gardiennes privées de la plus puissante de toute. C’est cette protectrice de l’univers qui l’avait choisi après qu’elle se soit libérée de ses chaines. N’était-ce pas simplement lui en imposer d’autres ?

Il y a quelques mois de cela, j’avais surpris Sélène dans la réserve de la bibliothèque de l’école. Cela faisait des siècles qu’elle n’y avait plus mis les pieds. Elle cherchait des éléments sur son monde : Origines. J’avais été rassuré que ses insomnies et ses absences de notre chambre n’aient été qu’une obsession de curiosité sur ses racines. J’avais peur que l’exil de Raphaël ne l’ait plus touché que ce qu’elle n’en avait laissé paraître.

Ce soir-là, elle m’avait avoué faire des cauchemars depuis plusieurs semaines. Dans ces cauchemars elle voyait la nuit nous engloutir tous. Elle voyait l’Opposé de sa maitresse, le dieu du néant, nous détruire tous pour retrouver celle qu’elle était partie chercher il avait des centaines et des centaines d’années.

« Comment m’a-t-il retrouvé ? m’avait-elle demandé les yeux brillants de larmes.
_ Ma belle ce n’est rien, avais-je tenté de la rassurer, ce ne sont que de mauvais rêves. »

Je l’avais réconforté plusieurs heures avant qu’elle ne tombe finalement dans un sommeil agité. Je regrettais, cette nuit-là, que l’expérience de nos psychismes respectifs lui ait permis de bloquer la possibilité que j’avais de lire ses pensées. J’aurais aimé voir ses rêves, afin de comprendre ce qui la terrifiait tant. Posant ma main sur son front, je ne distinguais que quelques images, des visages, des murmures.

Le lendemain, elle faisait sa demande d’incarnation pour ce monde. Gilius refusa de me dire ce qu’elle avait demandé comme expérience pour justifier de son départ. Elle ne pouvait lui avoir avoué son désir de retrouver la Protectrice. Elle n’avait pu lui dire qu’elle craignait pour sa vie et pour nous tous. Elle n’avait jamais fait confiance à notre directeur. Pour elle, ce n’était qu’un bureaucrate comme les autres, qui ne connaissait rien des réalités de notre mission d’équilibristes.

Et je revoyais, chaque nuit depuis, ces derniers moments. Celui où elle m’annonçait partir en urgence pour ce monde loin de tout, ce monde d’exil, où l’énergie de la source avait été réduite à son minimum, permettant à peine aux âmes de faire le chemin jusqu’à nous.

« Nous pourrons encore communiquer par la pensée, m’avait-elle rassuré. Je serai toujours tienne, cela ne changera jamais, mais je dois partir. »

Elle avait pris ma main, celle qui nous avait uni à la fin de notre premier cycle, cette main qui, meurtrie pour elle, avait gardé la marque de notre engagement. Je ne pouvais sentir la cicatrice sur sa paume, mais je savais, qu’à ce moment-là, les deux marques se croisaient à nouveau. Triste pantin désarticulé, je l’avais accompagné jusqu’à la Source.

Dans un bras du cours d’eau, un tourbillon naturel était né de la Source, ce fleuve énergétique, source de la vie dans l’univers interdimensionnel. Elle s’était dévêtue au bord de la rive. J’entendais à peine l’esprit bureaucrate qui psalmodiait à côté de nous pour orienter le tourbillon. Elle s’était tournée vers moi, avait posé sa main tiède sur ma joue et avait plongé ses grands yeux émeraudes dans les miens. Ses lèvres s’étaient posées sur les miennes alors qu’une larme perlait le long de sa joue. Les mâchoires serrées retenaient les miennes.

Son baiser était différent, comme empreint d’une énergie agonisante, d’une brûlure extatique. Une vague électrique me traversa alors qu’elle s’éloignait déjà. J’aurais voulu la garder contre moi, emprisonner son corps fin de mes bras, mais elle m’avait toujours fait jurer de ne jamais la retenir et si ce devait être notre dernier moment, je ne pouvais aller contre le seul vœu qu’elle n’ait jamais formulé.

Son regard avait fixé le mien avec douceur et amour alors qu’elle reculait des quelques pas qui la séparait de l’eau, laissant sa main sur ma joue aussi longtemps que possible. Un dernier sourire, un dernier mouvement de son pouce…

« Je t’aime »

Dans ce dernier murmure elle avait lâché ma joue, s’était tourné et avait sauté. Surpris je n’avais pu la retenir une seconde de plus. Lançant mon bras pour agripper le vide qu’elle laissait derrière elle en hurlant encore une fois, le cœur déchiré :

« Sélène ! »