Voici le premier texte défi: une personne m’a donné un thème (le farwest) et des contraintes (une héroïne, un troll, une veille de combat le tout en 2 pages maximum). Je vous laisse apprécier le résultat;
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« Quand doit elle arriver ?
– Le télégramme disait qu’elle était arrivée au port de St Louis il y a trois jours, elle ne doit plus être très loin.
– J’espère que nous ne faisons pas une erreur de faire venir cette drôle de femme ici.
– Monsieur le maire, avec tout le respect que je vous dois, même les shamans indiens n’ont pas pu nous aider à venir à bout du problème et …
– Et en quoi une femme le pourrait-elle ? C’est à l’armée que nous aurions dû faire appel.
– Monsieur on m’a assuré qu’elle était la meilleure dans ce domaine.
– Vous en aurez la responsabilité Roby, je ne tiens pas à ce que l’on remarque sa présence, ce serait un déshonneur.
– Bien Monsieur le maire. »
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25 Mai 1864
Cher journal,
Après trois jours de cheval à travers le Missouri, je vois enfin la petite ville de Clinton. Ces paysans ont fait appel à moi pour un problème de bétail. Je ne suis pas très sûre de ce que je vais trouver là bas, mais leur courrier alarmé m’a intrigué. Avant de m’aventurer dans cette petite ville perdue au milieu de nul part, j’ai étudié au mieux les informations qu’ils ont pu me transmettre. Des troupeaux mis en pièces, des barrières arrachées et pulvérisées, des femmes des enfants mais aussi de grands gaillards, tous éventrés les entrailles dévorées. Ils disent avoir mené la chasse, avoir été jusqu’à demander aux tribus locales, mais qu’aucun animal de la région ne correspond aux descriptions des blessures retrouvées.
Mon correspondant, Monsieur Robinson William, dit que cette bourgade émergente est terrifiée et qu’après avoir tout tenté il ne voit plus d’autre solution que moi. Ces idiots placeraient tous leurs espoirs en moi ? Je n’y crois pas une seule seconde ! Mais ce cas m’intéresse. Depuis mon Irlande natale je pourchasse l’inconnu, l’étrange. Ce nouveau monde regorge de nouveautés pour une passionnée de l’occulte telle que moi, et je suis passée maître dans l’art de la chasse aux créatures surnaturelles.
Après avoir pris le temps de me changer j’arrêterai une calèche pour finir ma route. Je ne veux pas apparaître dans mon habit de voyage, cela me vaudrait de mauvais a priori de ces messieurs et j’ai besoin de leur collaboration.
J’ai repéré, en contre bas, une route marchande où passent des convois de façons régulières. Je vais me joindre à l’un d’eux et me présenter comme une jeune fille de bonne famille (plutôt ironique pour une orpheline).
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Je suis arrivée en fin d’après-midi. Monsieur Robinson m’attendait sagement devant le bureau du télégraphe où s’arrêtent les diligences. Il m’a aidé à descendre et à porter mes bagages jusqu’à l’auberge où il m’avait réservé une chambre, « aux frais de la ville » a-t-il précisé. Ce grand blond aux yeux noisette et au sourire timide avait l’air très inquiet.
Il voulait me présenter le maire, mais j’ai poliment refusé : autant commencer tout de suite, le temps presse. Il m’a donc emmené sur les traces laissées par leur créature. Elle est de grande taille et se déplace sur deux pattes. Après analyse du corps de la dernière victime j’ai découvert que celle-ci n’avait pas dévoré ses entrailles comme on me l’avait écrit. Je pense que ce fait est plutôt le travail d’un charognard opportuniste. Quelques villageois m’ont préparé des portraits mais je ne distingues rien d’intéressant sous les chapeaux de cow-boy dont certains l’on affublé.
La bourgade de Clinton ne compte pas beaucoup de hauteur dans ses environs, mais beaucoup de forêts, bien connus du peuple indien. Mon guide m’informe que leur shaman pense la forêt hantée par un esprit malin qui en veut aux colons, et que le clan a préféré partir loin d’eux que de contrarier la nature. Alors nuit après nuit, les attaques se succèdent.
William m’a raccompagnée très tôt et est resté au salon de l’auberge au cas où j’aurais besoin de quoi que ce soit. Le pauvre garçon, s’il savait. Je suis plus à même de nous protéger que lui, mais autant le laisser se satisfaire de son léger machisme. C’est un jeune homme très sympathique, même pour une personne aussi désabusée que moi. J’ai même accepté sa proposition à dîner.
J’ai fait des recherches dans les quelques livres que je prends toujours avec moi, et alors que j’avais ouvert la fenêtre pour avoir un peu d’air dans cette enfer permanent, un hurlement guttural m’a sorti de ma lecture. J’avais des soupçons mais il n’y a plus de doute. Des attaques violentes par une créature qui se font dans la nature qui détruit, vole du bétail, tue des humains par plaisir et uniquement pendant les heures de la nuit… et ce cri… Ils ont affaire à un Troll.
Chose étrange ces créatures vivent habituellement loin d’ici. Mais les bateaux venant du continent font souvent commerce de ce genre de créature. Elles valent chères et font fureur dans les cirques du nouveau monde.
Moi qui pensais avoir trouvé un cas intéressant je me retrouve sur les traces d’un troll. Heureusement que j’ai avec moi les plantes qui me permettront d’en venir à bout. Cela étant même s’il ne s’agit que d’un troll il faut que je sois prudente. Aussi ai-je tout préparé.
Après un court repas avec mon chevalier servant, où je lui ai expliqué le matériel que la ville devrait fournir pour mettre fin à leur calvaire, je retourne à mes appartements pour me changer et finir mes préparatifs. Nous avons très peu de temps car il faut intervenir avant que le soleil n’est fini sa révolution et qu’il revienne chatouiller ces plaines. Cela me réconforte, au moins je ne travaillerai dans une chaleur étouffante comme aujourd’hui, un combat avec une telle créature est déjà bien assez fatiguant.
Avant de partir je te remets donc ces quelques souvenirs…
On frappe à la porte, je me lève pour aller ouvrir, consciente que ma tenue va étonner la personne qui m’attend derrière. Ma main se pose sur la poignée…
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Le réveil sonne affreusement fort. J’ai toujours détesté cette sonnerie mais c’est la seule qui puisse me tirer de mes rêves si trépidants. Alors que je me lève doucement et vais me préparer pour une nouvelle journée à l’hôpital, je repense à mon Troll et espère avoir la chance de lui botter le train la nuit prochaine, lorsque, éreintée par mon poste de 12 heures aux urgences, je refermerai les yeux pour un nouveau voyage au pays des rêves.